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Les notes du mois

Au fil de mes réflexions et lectures… ce qui m'a intéressé, ce qui m'a touché, ce que j'aimerais retenir et partager avec d'autres…

Novembre-Décembre 2002

" Il était une fois … "
Les contes ne sont pas faits seulement pour endormir les enfants, mais aussi pour faire réfléchir l'homme. Voici une belle histoire des frères Grimm " Le temps de la vie ", écrite il y a bientôt 200 ans sur le thème de la course à la longévité :
 

Lorsque Dieu eut créé le monde et fixé la durée de vie de toutes les créatures, l'âne vint et demanda :" Seigneur, combien de temps vivrai-je ?- Trente ans, répondit le Seigneur, cela te convient-il ?- Ah ! Seigneur, soupira l'âne, c'est un temps bien long. Pensez à ma pénible existence : porter de lourdes charges du matin jusqu'au soir, transporter des sacs de blé au moulin pour que d'autres mangent du pain, n'être encouragé que par des coups de bâton et de pieds ! Retranchez donc une partie de ce temps. "Dieu eut pitié et lui fit cadeau de dix-huit ans.

Consolé, l'âne partit et le chien arriva." Combien de temps aimerais-tu vivre? lui demanda Dieu. Trente ans étaient trop longs pour l'âne, mais peut-être cette durée te conviendrait-elle?- Seigneur, répondit le chien, est-ce là votre volonté? Pensez donc comme je dois courir. Mes pattes ne tiendront pas aussi longtemps ! Et quand je n'aurai plus de voix pour aboyer ni de dents pour mordre, que me restera-t-il d'autre que de me traîner d'un coin à l'autre et de grogner? " Dieu vit qu'il avait raison et lui ôta douze ans.

Le singe vient ensuite." Tu veux probablement bien vivre trente ans, lui dit le Seigneur. Tu n'as pas besoin de travailler comme l'âne et le chien, et tu es toujours de bonne humeur.- Ah ! Seigneur, répondit-il, il semble qu'il en soit ainsi, mais la vérité est tout autre. On croit voir une quantité de bonnes choses, mais je n'ai pas le moyen d'en profiter. Je dois sans cesse faire des tours, des grimaces pour amuser les gens et quand ils me lancent une pomme et que je mords dedans, elle est acide. Ah, quelle tristesse se dissimule souvent derrière le divertissement ! Trente ans, je n'y arriverai pas ! " Dieu fut généreux et lui fit grâce de dix ans.

L'être humain arriva enfin, joyeux, frais et bien portant, et demanda à Dieu quel était son temps de vie." Tu vivras trente ans, répondit le Seigneur, est-ce assez ?- Quelle courte durée, s'écria l'homme. Quand j'aurai construit ma maison et que le feu brûlera dans mon propre foyer, quand j'aurai planté des arbres et qu'ils commenceront à porter des fleurs et des fruits, quand je penserai enfin à profiter de la vie, il me faudra mourir ! Oh, Seigneur, accorde-moi plus de temps ! - Je veux bien te donner aussi les dix-huit ans de l'âne, dit Dieu.- Ce n'est pas assez ! protesta l'homme.- Tu auras aussi les douze années du chien.- Seigneur, c'est encore insuffisant !- Bien, alors, dit Dieu, je te donne encore les dix années du singe, mais tu n'auras pas davantage. "L'homme partit, mais il n'était pas satisfait.

C'est ainsi que l'être humain avait reçu soixante-dix années de vie. Les trente premières sont ses années humaines, elles passèrent vite ; il était en bonne santé, gai, il travaillait avec plaisir et son existence le réjouissait. Puis vinrent les dix-huit années de l'âne, pendant lesquelles il était chargé d'un fardeau après l'autre : il lui fallut porter le blé qui nourrissait d'autres bouches et souvent des coups de bâton et de pieds étaient la récompense de ses loyaux services. Les douze années du chien succédèrent et, à la fin, il resta dans son coin en grommelant car il n'avait plus de dents pour mordre. Il lui fallut alors vivre les dix années du singe. L'homme, à cet âge, n'a plus l'esprit très clair, il fait des bêtises et les enfants se moquent de lui.

Cette histoire se racontait quand l'espérance de vie était de 33 ans pour les hommes et 36 ans pour les femmes. Aujourd'hui, nous vivons dans nos régions en moyenne 76 et 82 ans respectivement. Grâce aux meilleures conditions d'hygiène et de vie, grâce également au progrès médical et à une alimentation équilibrée nous pouvons rêver d'atteindre l'âge biblique de cent ans.

Le prix à payer - au propre et au figuré - sera toujours plus élevé. Au lieu de mourir d'une seule maladie, nous vieillirons et supporterons en moyenne six (pour les femmes) et huit à neuf maladies différentes (pour les hommes), avec une qualité de vie sans doute toujours meilleure. Dans la perspective d'aujourd'hui, cela signifie aussi qu'une personne sur deux courra le risque d'être atteinte de la maladie d'Alzheimer … et de se voir, un jour, incapable de répondre à cette simple question " Comment vous appelez-vous ? " .

 
(Marcel Brasey 2002)