« Un jour on oubliera la maladie d’Alzheimer. La science travaille. » Voilà un titre prometteur que j’ai trouvé dans une revue scientifique populaire. Mais après l’espoir, vient vite la douche froide. Dans le rapport Dubernard de l’Assemblée Nationale française (1) sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, je lis avec stupeur qu’aujourd’hui encore «la maladie est considérée par les décideurs politiques comme une maladie touchant des sujets âgés ou très âgés qui ont profité de la vie et qui ne travaillent plus. Comme ils ne font plus partie des masses laborieuses susceptibles de faire progresser notre produit intérieur brut, les affections qui les touchent ne sont pas au même niveau de priorité que des maladies qui touchent les adultes plus jeunes. Ceci amène les décideurs à limiter les moyens affectés à ces maladies pour les soins et pour la recherche et cet état de fait crée un cercle vicieux qui conduit à la méconnaissance et la mauvaise prise en charge de ces maladies, de ces malades et de leurs familles. »
Sans polémique aucune, j'ai été étonné de ces quelques chiffres : En France, on compte actuellement 6700 nouveaux cas de malades du sida contre près de 200000 pour la maladie d’Alzheimer. Pourtant les moyens mis à disposition de la recherche médicale représentent 100 millions d’euros par an pour le sida et seulement 20 millions d’euros pour les neurosciences/neuropathologies.
Mais où en sommes-nous en 2007 avec les résultats de la recherche sur les causes de la maladie ? Mona Johnson nous donne sa réflexion sur le sujet dans son site Internet « The Tangled Neuron » (2). Elle nous propose un tableau comparatif fort intéressant publié par l’Alzheimer’s Research Forum appelé « What We Know, What We Don’t Know » .
« Dans la colonne des « ce que nous savons », les auteurs énumèrent les résultats et succès de recherche de 41 communications. Mais pour chaque annonce dans la colonne « ce que nous savons », on en trouve une autre dans « ce que nous ne savons pas ».
Avec autant d’inconnues, je me demande si je ne devrais pas continuer à « bloguer » au sujet de la recherche sur l’Alzheimer. Car, je pense que bon nombre d’entre nous aimeraient comprendre le contenu des deux colonnes, quand nous devons choisir des options de traitement.
Et qui sait, ce que nous allons découvrir sur la maladie d’Alzheimer au cours de ces prochaines années ? Peut-être y aura-t-il une découverte majeure qui améliore vraiment la prévention ou le traitement. »
Dans cette perspective, Mona Johnson nous cite quelques phrases apparemment sibyllines de Donald Rumsfeld qu’il exprimait dans un contexte bien différent lors d’un briefing du Department of Defense News le 12 février 2002 (3) :
Comme nous le savons,
il y a des connus connus.
Il y a des choses dont nous savons
que nous les connaissons.
Nous savons aussi
qu’il y a des inconnus connus;
c'est-à-dire
que nous savons qu’il y a certaines choses
que nous ne connaissons pas.
Mais il y a également des inconnus inconnus,
ceux dont nous ne savons pas
que nous ne les connaissons pas.
Ce « poème » a incité Mona Johnson à proposer l’ajout d’une troisième colonne au tableau de l’Alzheimer Research Forum, celle de « Ce que nous ne savons pas, que nous ne connaissons pas ». C’est peut-être bien cet inconnu inconnu qui nous sauvera un jour. Ne contiendrait-elle pas déjà la clé décisive pour venir à bout de la maladie d’Alzheimer ? Mona, moi-même et tous ceux qui sont touchés de près ou de loin demandent à savoir davantage. Le rêve d’un traitement qui guérisse la maladie nous colle à la peau. Le défi est peut-être aussi ambitieux que celui qui consiste à « envoyer des hommes sur la planète Mars ». Mais souvenons-nous de l’année 1969, l’image d’Apollo 12 sur la lune a montré qu’une fiction peut devenir réalité.
Encore faudrait-il laisser travailler la science dans de bonnes conditions et avec les moyens adaptés à la tâche.
A ce propos, je viens d’entendre le nouveau président élu des Français dire qu’il faut plus d’argent pour la recherche et qu’il fera de la lutte contre la maladie d’Alzheimer l’un de ses grands chantiers présidentiels.
Dont acte.
Marcel Brasey 2007
(1) Rapport Dubernard, Rapport sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, Assemblée Nationale Française, Juillet 2005,
www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i2454.asp
(2) The Tangled Neuron – A Layperson Reports on Alzheimer’s and Dementia
Mona Johnson, une analyste en télécommunications, a créé un site d’information sur la maladie d’Alzheimer et la démence. A la recherche d’informations sur la cause de la maladie et du décès de son père, elle offre des liens et récits très utiles et intéressants.
www.tangledneuron.info
(3) Orig.: Donald Rumsfeld, US Secretary of State for Defence, February 2002
“As we know, there are known knowns. There are things we know we know. We also know there are known unknowns. That is to say, we know there are some things we do not know. But there are also unknown unknowns, the ones we don't know we don't know.”
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