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« Nous sommes des personnes autonomes et
compétentes, diagnostiquées avec la maladie d’Alzheimer
… »
Affirmation exprimée non pas par ceux qui
détiennent le savoir médical mais – oh surprise - par ceux qui
en sont atteints au stade débutant de la maladie (dans http://www.dasninternational.org/
, l’organisation internationale d'entraide de patients
Alzheimer). Ne sont-ils pas un peu déments … ?
Le pire, c’est que j’ai longtemps pensé qu’une
personne atteinte d’Alzheimer ne pouvait être qu’incompétente,
dépendante et inutile … donc elle devait forcément être perdue
et malheureuse pour le reste de sa vie. Cette croyance,
alimentée – certes involontairement – par le praticien qui
collectionne les « a » et voit partout le
manque qu’il appelle pudiquement apraxie, aphasie,
alexie, anosognosie, etc .
Mais, s’il y a manifestement des pertes de
fonction importantes, n’y aurait-il pas quelques gains en
contrepartie ? Par exemple, en bouleversant des processus
d’inhibition, la maladie pourrait libérer des compétences
inattendues pour la découverte du monde qui nous entoure
ou dans la production artistique.
Boris Cyrulnik (dans Les Nourritures
affectives, Ed. Odile Jacob, Paris 1993), n’affirme-t-il
pas qu’ « un idiot intéressé vieillira mieux qu’un
intelligent désabusé » ? Et de O.Wendell Holmes Jr.,
j’ai retenu cette belle phrase « La vie, c’est comme peindre
un tableau, et non pas comme faire une addition » … ou une
soustraction chez le malade Alzheimer. Ne sommes-nous pas bien
davantage que des êtres avec des pertes de fonctions
cognitives ?
Ne pourrait-on pas mieux canaliser, voire
valoriser le patient , qui finalement ne demande que ça
?
C’est précisément la question que c’est posée
en France l’INPES (Institut national de prévention et
d’éducation pour la santé, http://www.inpes.sante.fr/
) en présentant un nouvel outil d’éducation qui place le
patient au centre de la relation avec le médecin. Un guide
pour le médecin et un « livret patient » permettront
de mieux préparer la prochaine consultation médicale : en
tant que patient, je peux y noter à l’avance mon point de vue,
mes sentiments, mes attentes et mes souhaits, ainsi que les
effets collatéraux de la maladie et des traitements. Le
concept tient compte d’un nouveau profil de patient : un
patient plus compétent, qui revendique le droit de savoir et
d’être acteur à part entière de sa prise en charge
thérapeutique et sociale.
Ces Alzheimer nouveaux, lucides, remuants et
parfois protestants seront certainement plus exigeants
qu’auparavant. Même si les jeux sont déjà faits, accordez-nous
au moins au début un statut de « présumé
compétent ». Qui mieux que nous sait-il exprimer nos
réelles préférences ? N’y a-t-il pas aussi une personne
derrière un Alzheimer ?
(Marcel Brasey 2006)
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