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S'il
y a une maladie qui génère beaucoup de questions
sans réponses et de nouveaux espaces de tabou dans
les familles, c'est bien la maladie d'Alzheimer. A quoi
bon poser des questions et parler de choses désagréables
? Mais le jeune malade que je suis, ne peut-il pas discrètement
mais justement s'interroger : Où vais-je accomplir
mon dernier stade d'Alzheimer ? Et jusqu'à là,
quel sera mon parcours de soin ? Dans quel environnement
vais-je évoluer
ou plutôt régresser
? Serai-je encore écouté ? Heureusement, la
vie avec cette maladie m'a appris une chose essentielle
: en composant avec le pire, je serai à coup sûr
plus détendu et même soulagé quand le
jour viendra.
Ainsi,
en cherchant des éléments pour " mes
directives anticipées ", j'ai découvert
une adresse aussi exceptionnelle qu'inattendue. Cet établissement,
je ne l'ai pas trouvé du bord du Lac Léman
ou dans le midi de la France mais
au nord de la Thaïlande,
à Chiang Mai. Son nom : Baan Kamlangchay, ce qui
veut dire à peu près " en compagnie du
coeur " (1).
Dans
ce centre spécialisé, des patients suisses
et alémaniques, atteints de la maladie d'Alzheimer,
séjournent pour des vacances ou des périodes
plus longues. Ici, tout soin est centré sur la personne.
Le home est géré par un Suisse (ex Médecin
sans frontières) qui y vit avec sa mère, atteinte
de la maladie.
Le
cadre est strictement familial et chaleureux, chaque patient
est pris en charge, 24 heures sur 24, par deux infirmières
personnelles, wellness, massage thaï traditionnel et
visite des temples dans les environs compris.
Je
reviens pour quelques lignes chez nous, en Occident, où
je lis le résultat de deux études récentes
mentionnées dans l'excellent essai de Jérôme
Pellissier " Humanitude " (2) en page 184 et 345
:
En
2004 " les soignants communiquent en moyenne, avec
les personnes grabataires vivant en institution, 120 secondes
par 24 heures. Sur 7 minutes de visite médicale,
les médecins ont parlé 1,2 seconde. Au cours
des 10 minutes de soins, l'infirmière a parlé
5,4 secondes et au cours des 7 minutes de repas, la communication
s'est réduite à quelques mots (du type : "
Avalez, avalez
").
Choquant, car il s'agit bien de valeurs moyennes
et non de cas extrêmes. Pas étonnant donc si
je retourne vite dans la configuration Thaïlande avec
une image qui peut faire rêver même - et peut-être
surtout un malade Alzheimer.

Photo site www.alzheimerthailand.com
Et
les tarifs, me direz vous ? Ils défient toute concurrence
: 1950 Euro (3000 CHF) pour un séjour d'un mois -
5200 Euro (8000 CHF) en Suisse. L'avenir sera-t-il alors
aux soins délocalisés ?
Pas nécessairement, tant qu'il y aura des hommes
jeunes qui défendent les hommes vieux en posant à
leur place des questions pertinentes à nos professionnels
des soins. Comme par exemple le chercheur et écrivain
Jérôme Péllissier dans " Humanitude
"(2) en page 199/200 :
Pourquoi est-ce encore aux personnes
qui recourent aux services de l'institution de se modifier
pour s'adapter aux rythmes des personnes qui viennent y
travailler ? Plus généralement, ne subit-on
pas encore l'héritage d'une vision centrée
sur les déficits et les pathologies, selon laquelle
" il n'y a plus rien à faire " lorsqu'une
personne arrive dans une institution ?

Photo
Bernard Descamps, avec son aimable autorisation
Pourquoi
voit-on encore si souvent des soins accomplis dans la force
et la souffrance, sans objectifs de bien-être, de
confort, de plaisir ?
Nos institutions ont-elles toutes accepté qu'elles
devaient être des milieux de vie, où l'on peut
recevoir des soins, et non des lieux de soins où
l'on tente d'apporter un peu de vie ?
Ce bien-être est partie intégrante du prendre-soin
et de la mission des institutions : il est sidérant
de voir encore des demandes aussi légitimes que celle
de boire un thé, de prendre une douche ou d'avoir
un plat servi chaud, être refusées au nom d'un
" Ce n'est pas un hôtel, ici ".
Une
parole qui devrait faire réfléchir et inciter
à l'action
Et si l'on faisait justement des
hôtels dans lesquels pourraient vivre des Alzheimer
de façon digne et équitable ?
(Marcel
Brasey, 2005)
(1)
www.alzheimerthailand.com
, Begleitete Ferien in Thailand, Ein Angebot für Demenzkranke
und ihre Angehörigen (en allemand)
(2)
Yves Gineste - Jérôme Pellissier, " Humanitude
", Ed. Bibliophane-Daniel Radford, Paris 2005
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