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Démence de type Alzheimer ", tel est le nom
officiel donné à notre maladie d'après
la classification internationale actuelle. Après
une longue histoire plutôt tourmentée du concept
de cette maladie, le monde médical et scientifique
s'en accommode facilement aujourd'hui, y compris les malades
qui peuvent en faire partie.
Mais pour plus des trois quarts des gens, la démence
est synonyme de folie
et c'est là où
le bât blesse, ce décalage qui existe entre
les connaissances des spécialistes et celles de la
population générale y compris certains journalistes
dans les médias. L'étiologie de cette maladie
paraît être une notion floue, organique pour
certains, psychiatriques pour d'autres. Lors de crimes abominables
et autres tueries, j'entends souvent parler " d'acte
de démence ". Alzheimer = démence = folie
? Il ne faut pas s'étonner alors, si beaucoup de
familles essayent de nous cacher et évitent de parler
de nous, les malades, par peur et par honte. Précisément
à ce sujet, en visitant le site internet de la Fédération
québécoise des sociétés Alzheimer
www.alzheimerquebec.ca/Sitefrancais/philosophie.html
,j'ai découvert une lettre très pertinente,
adressée aux autorités médicales et
ministérielles en 2002, où une soixantaine
de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou d'affections
connexes de la ville de Québec expriment leur désapprobation
sur les mots démence, dément et démentiel.
Je vous la présente ici avec l'aimable autorisation
de Madame Nathalie Ross, directrice de la Fédération
québécoise des Sociétés Alzheimer
:
Messieurs,
Nous sommes une soixantaine de personnes, atteintes de la
maladie d'Alzheimer et autres atteintes connexes, qui nous
réunissons, de manière hebdomadaire à
La Société Alzheimer de Québec, afin
de partager notre vécu, de recevoir de l'information,
de développer des stratégies d'adaptation,
d'apprécier le lien qui nous unit et de nous soutenir
à travers cette épreuve.
Nous avons
évidemment tous, nous et nos proches, à un
moment ou l'autre, entendu prononcer les mots "démence",
"dément" et "démentiel".
Certains d'entre nous les ont entendus lors de l'annonce
diagnostique qui leur était destinée, d'autres
les ont entendus de la bouche de certains intervenants du
réseau de la santé et des services sociaux
(T.S., ergothérapeutes, infirmières, infirmiers
et autres) et tous, nous les avons entendus lors de conférences
données par des experts (médecins généralistes,
neurologues, psychogériatres, gériatres, psychiatres
et autres).
Nous souhaitons
vous sensibiliser sur la façon dont les professionnels
de la santé et des services sociaux s'adressent à
nous, les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer,
de la maladie vasculaire, mixte, de Pick, à corps
de Lewy, c'est-à-dire en utilisant couramment les
mots "démence", "dément"
et "démentiel" en notre présence
et celle de nos proches. L'utilisation de ces mots nous
semble inutile, abusive, inopportune, irrespectueuse et
a des répercussions dans notre quotidien ainsi que
sur les relations interpersonnelles avec notre entourage.
Voici, d'ailleurs,
une contradiction née de nos propres observations
: la population en général utilise le terme
Alzheimer pour nous désigner alors que les intervenants
du réseau de la santé nous accolent le mot
démence. À l'inverse, nous observons que la
population continue de parler de "mongolisme"
alors que les professionnels du réseau de la santé
s'efforcent depuis quelques années d'imposer l'appellation
"trisomie 21". Pouvons-nous espérer autant
de considération à notre endroit?
Nous sommes
au fait que ces mots "démence", "dément"
et "démentiel" réfèrent à
un langage scientifique, donc international, pour les professionnels
de la santé et que, pour ces derniers, ces mots ne
sont aucunement à consonance péjorative. Cependant,
force nous est de constater qu'il n'en est pas ainsi pour
ce qui est de la population en général.
Par exemple,
si nous parcourons l'outil de définition le plus
accessible pour la population, soit le dictionnaire, celui-ci
nous invite à conclure que la démence réfère
à la folie et à la perte de la raison. Le
Petit Robert (1977) confère aux termes "démence",
"dément" et "démentiel"
des acceptions peu techniques, donc loin des significations
dites médicales. Voyons de quoi il en retourne exactement
:
Démence
: Ensemble des troubles mentaux graves... Conduite extravagante...
Déchéance progressive et irréversible
des activités psychiques.
Dément
: Aliéné, fou... Déraisonnable, extravagant,
insensé.
Démentiel
:...Absurde, fou.
Les définitions
susmentionnées sont d'ailleurs véhiculées
parmi les populations depuis fort longtemps. Qu'il suffise
de mentionner l'époque des explications magiques
et religieuses (XIVe siècle) qui utilisait l'exorcisme,
les rituels magiques et les incantations pour combattre
l'esprit du mal ou la folie. À cette époque,
on brûlait les sorciers pour justifier l'exécution
des gens dits "anormaux" comme nous. À
la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance
(XVIIe siècle), la réclusion devenait la solution
à la folie ou à la démence, comme cela
serait sans doute nommé aujourd'hui, et à
la fin de ce siècle, des médecins se penchaient
sur la question et tentaient une ébauche reliée
à la classification des problèmes démentiels.
Au cours des XIXe et XXe siècles, nous voyons s'ériger
et se remplir des institutions psychiatriques et gériatriques
avec tout leur cortège de thérapies pour contrer
la démence. La folie et l'absurdité, comme
nous venons de l'observer à travers le temps, sont
toujours l'apanage de la démence.
Il n'est pas
surprenant, donc, que la vibration sonore associée
aux termes "démence", "dément"
et "démentiel" nous fasse sursauter, nous
et nos proches. Car, même de nos jours, ces mots sont
directement et invariablement reliés à la
folie.
En fait, ces
mots font peur et installent une certaine crainte, tout
comme une honte, chez les gens qui nous entourent, ce qui
colore vivement leurs attitudes (réserve, incompréhension,
retrait, éloignement, malaise, choc et autres) ainsi
que le regard qu'ils posent sur nous (pitié, honte
et peur).
Lorsque nous
entendons ces mots, tel un verdict irrévocable, cela
nous blesse dans notre intégrité, nous fait
ressentir la honte et laisse croire que, pour nous, toute
possibilité de cheminement n'a d'autres issues que
d'être inaccessible et dérisoire. Cela nous
humilie profondément et nous contraint au fatidique
où aucun espoir, aucun projet n'a de sens. Cela nous
entraîne dans l'isolement et suscite en nous un sentiment
d'exclusion social.
Nous savons
que nous sommes atteints de la maladie d'Alzheimer, de Pick,
vasculaire, mixte ou à corps de Lewy, que nos facultés
cognitives se nuancent de lacunes, que nos capacités
fonctionnelles sont amoindries, que notre comportement est
parfois teinté de changements et, enfin, que notre
quotidien tout comme nos relations ne sont plus les mêmes
qu'auparavant. Nous savons aussi que la maladie va progresser
tout comme l'importance des symptômes déjà
mentionnés. Mais, nous avons encore des ressources,
des capacités, des possibilités, de l'espoir
et des projets. Nous nous considérons comme des êtres
humains à part entière et nous réclamons
notre droit à la dignité et au respect.
Nous sommes
incapables de modifier la perception de la population mais,
en revanche, nous pouvons nous prononcer au sujet de certaines
pratiques. C'est pourquoi nous voulons attirer votre attention
sur l'utilisation des mots "démence", "dément"
et "démentiel" par les professionnels de
la santé dans leurs interactions avec nous et nos
proches. Nous avons la conviction que nous sommes des personnes
atteintes d'une maladie qui a comme dénomination
le ou les mots "Alzheimer", "de Pick",
"vasculaire", "mixte" ou "à
corps de Lewy" et non pas "démence",
"dément" et "démentiel".
Nous souhaitons donc que ces derniers termes soient remplacés
systématiquement par les dénominations susmentionnés
: termes qui, d'ailleurs, font preuve de plus d'exactitude
et de respect. De cette manière, nous cesserons d'être
des "catégories", nous éviterons
l'effet réducteur que peut susciter le mot démence,
nous pourrons préserver notre identité, notre
intégrité, notre dignité et l'estime
de nous-mêmes tout en demeurant des personnes à
part entière aux yeux de tous ceux que nous côtoyons.
Inutile
de dire, que je me sens entièrement solidaire de
cette demande. Aujourd'hui, c'est le projet " l'impact
des mots " de Madame Nathalie Ross de la Fédération
québécoise des sociétés Alzheimer
qui a repris le combat avec une vingtaine de personnes atteintes
de la maladie d'Alzheimer et d'affections connexes. Pour
ce faire, elles ont l'intention de présenter une
conférence dans le cadre du congrès organisé
par Alzheimer Disease International qui se tiendra en automne
2005 à Istanbul. Elles désirent sensibiliser
toutes les personnes oeuvrant dans les associations qui
viennent en aide aux personnes atteintes à travers
le monde, afin que celles-ci nous supportent dans notre
combat pour concrétiser un concept d'approche véritablement
centrée sur la personne. Voilà donc une bonne
occasion pour tous ceux qui oeuvrent en faveur l'amélioration
de la qualité de soins et de vie des personnes atteintes
et de leurs familles de se manifester en écrivant
un message de soutien à ross-fqsa@alzheimerquebec.ca
(Marcel
Brasey, 2005)
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