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Aujourd'hui,
on peut guérir un malade, éduquer un enfant,
intégrer un étranger, désintoxiquer
un drogué, réemployer un chômeur, désensibiliser
un phobique ou encore accompagner un mourant,
et
un Alzheimer ?
Que peut-on bien faire d'un Alzheimer dans la cinquante-,
soixantaine et au stade léger de sa maladie ?
Sans doute êtes-vous un peu désemparés
devant cette personne, souvent très lente mais tantôt
alerte, parfois vraiment paumée mais gardant toute
son intelligence, fuyante ou collante selon la situation
qui se présente, acceptant tout un jour et contestant
beaucoup un autre, sans mémoire récente mais
se rappelant quand même.
Donc, vous les proches, que pouvez-vous pour nous ? Tout
bien réfléchi, le mieux, c'est de faire le
moins, mais avec une attention bienveillante. Tout est à
prendre - à apprendre - à comprendre.
Baruch Spinoza disait
" Ne pas s'affliger, ne pas rire, ne pas détester,
mais comprendre "
Et si malgré tout, nous plaisantons sur nous-mêmes,
c'est peut-être pour anticiper sur des moqueries venant
d'ailleurs. Aussi cela nous ferait tellement de bien, si
vous pouviez un peu moins stigmatiser, juger et comparer,
ne pas prendre personnellement les choses et, même
si vous ne comprenez pas, être simplement là,
à la bonne distance, ni trop près ni trop
loin.
C'est Simone Sausse (dans " Le miroir brisé
", p.17, éditions Calmann-Lévy 1996)
qui résume de façon très pertinente
nos desiderata :
" Reconnaître le handicap cela veut dire ne
pas le nier, ni en minimiser les conséquences, ni
chercher à rassurer ". Et tout comme pour
un enfant handicapé, voir le malade Alzheimer "
tel qu'il est, avec ses déficiences, les bénéfices
secondaires qu'il tire parfois de sa dépendance,
l'agressivité et les revendications qu'il veut exprimer;
bref admettre sa personnalité, sa souffrance, le
destin qui est le sien sans en faire une victime. "
Car
dans l'Alzheimer, ce n'est pas la maladie elle-même
qui fait plus ou moins mal, mais l'addition et l'interaction
des réactions de déni ou d'incompréhension
de tous les acteurs. Cette maladie nous met bien en face
des complexités des rapports humains. C'est encore
Alexandre Jollien (dans " Eloge de la faiblesse "
p.42, Les éditions du Cerf, Paris 2003) qui est le
mieux placé pour dire de l'intérieur :
" Il y a des sourires qui blessent, des compliments
qui tuent.
la pitié blesse plus que le mépris
Chaque jour, je rencontre ce regard condescendant qui croit
me faire plaisir, peut-être sincèrement, mais
qui nie ma liberté et me nie ipso facto. "
Parfois
aussi, on découvre avec stupeur que sa liberté
s'arrête là où commence l'amour de ses
proches. Ce qui me renvoie à l'une des belles pensées
romantiques de Hélène Grimaud dans son Credo
press du 2 juin 2003 :
" Aimer quelqu'un est le contraire de l'esclavage
: c'est désirer pour l'autre toute la liberté
qu'on tire de lui ".
De
plus en plus, je vis cette maladie bien sûr comme
une atteinte organique incurable mais aussi comme un bouillon
de culture psy. Mais je m'efforce de la percevoir comme
une suite d'étapes à traverser, comme un développement
et non comme une détérioration.
(Marcel
Brasey, 2005)
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