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Attentats,
guerres, retraite menacée, crash et crac de toute sorte…
Et maintenant, une maladie avec la promesse d’une sombre
évolution, cette inquiétante étrangeté d’Alzheimer qui fait
si peur à tout le monde.
Paradoxalement,
c’est ce face à face de mauvaises nouvelles, cette surcharge
de menaces et d’insécurités qui me permet de relativiser
mes propres échecs quotidiens. Peut-être est-ce aussi la
manifestation d’une nouvelle insensibilité aux conséquences
de certains dangers ? Ou tout simplement, un allègement
progressif des poids de la société : traditions, famille,
vérités enseignées, mensonges, tabous .
Si
j’écoutais un peu Jacques Salomé qui assure
(dans
« Lettres à l’intime de soi », p.30, Edition Albin
Michel 2001) que
vivre
avec une maladie grave est aussi:
¨
une invitation de notre corps à mieux nous entendre,
¨
une sollicitation à mieux écouter la relation parfois disqualifiante
que nous avons avec lui,
¨
une invitation à se respecter vis-à-vis d’autrui, et surtout
face aux personnes aimées,
¨
une incitation à ne plus se laisser définir, un signal pour
oser entendre et nommer l’innommable.
Mais
où prendre le courage ? Et si la maladie me donnerait
ce coup de pousse nécessaire, peut-être par les fameux processus
désinhibiteur qui peuvent bousculer des barrières insurmontables ?
C'est en
tout cas le moment propice pour arrêter de se prendre au
sérieux mais aussi de ne plus se laisser faire, d'être une
victime et tout tenter pour changer ce que l'on n'accepte
pas.
Alexandre
Jollien
(dans
« Le métier d’homme », Editions du Seuil Paris
2002, p.43) me lance le chaud et le froid : « Il n’y a rien
à perdre puisque tout est déjà perdu d’avance ! »
Comme
état d’esprit, il propose « la légèreté », un
« subtil antidote au désespoir » qui nous permet
non seulement de mieux « tenir le coup »,
mais aussi de tirer, par ci par là, un certain profit
de notre adversité vécue, tous les jours … tous les jours
qui passent.
Un
autre philosophe, Sénèque (dans
« La vie heureuse », Editions Arléa, mars 1995)
me dit aussi :
¨La
partie de la vie que nous vivons est courte. Tout le reste
n’est pas de la vie, c’est du temps
¨Le
plus grand obstacle à la vie est l’attente, qui espère demain
et néglige aujourd’hui
Et
à Abel Bonnard (dans
« L’amour de l’amitié ») de
surenchérir:
« La
vie dure peu, l’année
passe vite, le mois est court et le jour est plus
bref encore, mais l’instant est immense. »
Avec
l’Alzheimer, le présent trouve une nouvelle dimension, où
les images, les pensées et les émotions se bousculent au
ralenti … peut-être une autre jouissance à se sentir, exister.
Le
diagnostic précoce m’a donné un espace temps précieux pour
vivre consciemment le recul cognitif, pour rechercher un certain
sens dans le déficit, un équilibre entre rupture et continuité.
(Marcel
Brasey, 2004)
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