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Les notes du mois

Au fil de mes réflexions et lectures… ce qui m'a intéressé, ce qui m'a touché, ce que j'aimerais retenir et partager avec d'autres…

Mai - Juin 2004

" Un amore vero "

" Qui suis-je ? " … … " Tu écrivais des livres "
Je ne connaissais pas vraiment la romancière Iris Murdoch, ni son mari John Bayley, le timide critique de littérature. C'est la maladie d'Alzheimer qui me les a fait rencontrer.

Judi Dench et
Jim Broadbent dans
Iris, Miramax
Films Corp 2001

Iris Murdoch (la vraie) avec
son mari John Bayley

Leur parcours de vie et de maladie m'a touché. Dans le livre (1), j'ai trouvé les mots, les phrases et les émotions d'une bonne écriture. Du film (2), j'ai gardé la beauté des visages et l'ambiance morale.
Ce couple, ordinaire et extraordinaire à la fois, nous livre quelques-uns de ses secrets de longévité affective : le respect mutuel et la connivence humaine et intellectuelle.
Ne disait-elle pas un jour : " L'éducation est nécessaire voire essentielle. Non pas qu'elle soit une garantie de bonheur, mais elle peut nous aider à le reconnaître et l'apprécier quand il est présent… "
Nous aimons tous les bonnes histoires d'ascension. Lorsque l'Alzheimer paraît, tout semble s'arrêter. Il ne nous reste plus qu'à construire un parcours de déclin réussi, une démarche paradoxale et périlleuse à la fois. Ce simple retour, Iris et John l'ont effectué ensemble et dans l'honneur. Au meilleur de sa forme dans son dernier roman " Le Dilemme de Jackson " (1995), Iris annonce même son destin de façon prémonitoire.
Ne fait-elle pas dire à l'un de ses personnages : " Je suis arrivé à un endroit où aucune route n'existe " ? Ensuite tout s'enchaîne. Frappée par la forme rapide de la maladie d'Alzheimer, c'est le passage obligé par la petite enfance et les Teletubbies jusqu'à son décès en 1999. Un dernier stade d'Alzheimer marqué malgré tout par la dignité, la sérénité et même la légèreté et l'humour - " Rien n'est grave, puisque tout est grave. " dirait justement Alexandre Jollien (3). Ce n'est pas une naïveté gratuite, mais une sagesse nourrie par une grande souffrance - une attitude exemplaire … de philosophes. Et nous autres, sans culture psy ni philo, sans Buddha ni saints, y arriveront-nous ?
En tout cas, le temps du livre et du film, Iris et John restent sympathiques jusqu'au bout… même la maladie le devient par moments. Est-ce ma vision volontairement esthétique de l'existence ou plus simplement ma lecture un peu trop romantique des gens et des choses ? Je ne le sais pas. Mais Novalis ne disait-il pas : " Seule la faiblesse de nos organes et de notre contact avec nous-mêmes nous empêche de nous apercevoir dans un monde de fées "?
Et dehors, il continue de pleuvoir…

(Marcel Brasey, 2004)

  1. John Bayley, " Elégie pour Iris ", éd. de l'Olivier/Le Seuil, 2001
  2. "Iris " / " Un amore vero ", un film de Richard Eyre, Miramax Film Corp.2001
  3. Alexandre Jollien, " Le métier d'homme ", p. 43, éd. Du Seuil, 2002