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Depuis
quelques temps, je lis et je relis ce petit livre que ma
fille m'a remis un jour en disant " ça doit
t'intéresser, papa ".
Elle ne savait pas si bien dire car j'ai découvert
un sacré bonhomme, un fer de lance de toutes les
personnes qui luttent avec des choses en moins et qui cherchent
à s'en sortir. Dans la rue, pour les gens "
normaux " il a l'apparence d'un anormal, d'un débile
comme il dit
car il y a " l'étrangeté
des gestes, la lenteur des paroles, la démarche qui
dérange ".
C'est Alexandre Jollien, cet infirme moteur cérébral
depuis sa naissance en 1975 qui a fait sa licence de philosophie
en Suisse.
Après son premier livre (Eloge de la faiblesse, éditions
du Cerf, Paris 1999), il a publié ses meilleures
pensées dans " Le métier d'homme
", éditions Du Seuil, Paris 2002. Comme
d'autres le lui ont révélé, "
il me montre comment il a assumé sa condition et
m'invite à assumer la mienne " :
" Ce jour-là, un
foyer pour personnes handicapées mentales (
)
De joyeux individus m'accueillent (
) Les pensionnaires
s'activent pour que l'hôte ne manque de rien et ils
déploient avec abondance leur affection (
)
Bientôt les liens se créent. Vite, on va à
l'essentiel, laissant là tous les vernis sociaux.
(
) Ces hommes, ces femmes qui peut-être représentent
une honte pour leur famille m'enseignent à jubiler
devant la vie, à prêter une subtile attention
à l'autre. La souffrance est là, omniprésente.
Mais les pensionnaires pratiquent le rire, cultivent la
joie, l'amitié. La souffrance ici resserre les liens,
force à inventer, à trouver le bon geste,
l'attitude juste. Fasciné, je quitte le foyer. Dans
le TGV, des cadres avec attachés-cases, des hommes,
des femmes. Je traverse les wagons, titubant à cause
de la vitesse. Ici, les visages tirent la gueule. Je perçois
que le foyer est une exception avec ses rites, ces coutumes,
ses pratiques, sa vie, ses êtres heureux par décision.
" (page 53/54)
Je me dis qu'il
y a quelques années, je faisais aussi partie de ces
cadres-là avec attachés-cases dans le TGV,
un peu heureux par hasard et pourtant comme eux, je tirais
la gueule
Les exigences du monde professionnel mais
aussi l'important futile me détournaient souvent
du futile essentiel.
En fait, le début d'une maladie d'Alzheimer, une
fois acceptée, ne serait-ce pas l'ultime moment pour
apprécier ce qu'il y a de plus humain dans l'homme
et de sa création culturelle ?
Oui, allons-y, mais attention, Alexandre Jollien nous rappelle
justement que " la souffrance ne grandit pas, c'est
ce qu'on en fait qui peut grandir l'individu. Nul besoin
de souffrir pour s'épanouir, nul besoin de connaître
l'isolement pour apprécier la présence de
l'autre. (page 48)"
Mettons donc à profit ce timeout irréversible
de l'existence pour nous sonder nous-mêmes, sur la
valeur des choses et nos propres rapports intrafamiliaux
avec des révélations parfois inattendues.
Acceptons-nous tels que nous sommes maintenant et décidons
d'être heureux, même si nous nous écartons
de la normalité de gens normaux. Selon David Shenk
(The Forgetting, Harper Collins 2002), la maladie d'Alzheimer
serait même " l'une des meilleures loupes à
notre disposition pour apprécier la vie et le sens
de la perte " et en allant encore plus loin, en voulant
absolument occulter les multiples visages de cette maladie,
nous risquons " en effaçant la perte, d'effacer
aussi la vie ".
Mais après cette quête séduisante du
bon dans du mauvais, ne nous y trompons pas, le malheur
d'Alzheimer n'est pas merveilleux - ça reste un grand
malheur encore inexplicable et qui aura raison de nous
(Marcel
Brasey, 2004)
Je
vous invite à visiter le site web de Monsieur Jollien
:
http://www.alexandre-jollien.ch/
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